Une eau turquoise presque irréelle, une odeur qui rappelle l'œuf pourri... et malgré tout une furieuse envie d'y entrer.
Dans les Abruzzes, les sources sulfureuses offrent des paysages étonnants. Mais toutes ne sont pas faites pour la baignade.
Du Parco del Lavino aux établissements thermaux, et jusqu'aux vasques naturelles de Lu Vurghe dans les Marches voisines, voici comment découvrir ces eaux particulières.
Pourquoi l'eau du Lavino est-elle aussi turquoise ?
C'est probablement la première question que l'on se pose en arrivant au Parco territoriale attrezzato delle Sorgenti sulfuree del Lavino, près de Scafa.
Au milieu d'une végétation extrêmement verte, l'eau prend par endroits des nuances allant du bleu clair au turquoise laiteux. Le contraste est tellement fort qu'on pourrait presque soupçonner un filtre Instagram.
Pourtant, le phénomène est naturel.
Les eaux du Lavino sont des eaux sulfureuses. Lorsqu'elles remontent et circulent à l'air libre, leur composition chimique évolue. Des composés soufrés peuvent notamment s'oxyder et produire de minuscules particules en suspension ; associées aux dépôts minéraux, à la lumière et au fond clair, elles contribuent à cette apparence bleu-turquoise caractéristique.
Le résultat est spectaculaire : une rivière aux allures tropicales au pied de la Majella.
Et puis on s'approche.
Et pourquoi cette eau sent-elle... l'œuf pourri ?
Voilà l'autre particularité, beaucoup moins photogénique, des eaux sulfureuses.
Cette odeur très reconnaissable provient principalement du sulfure d'hydrogène (H₂S) présent dans certaines eaux souterraines riches en composés soufrés.
Notre nez y est particulièrement sensible. Même à faible concentration, il peut produire cette fameuse odeur d'œuf pourri.
Autrement dit : la couleur vous attire, l'odeur vous surprend.
Et paradoxalement, quelques minutes plus tard, on a souvent encore davantage envie de savoir ce que cela ferait de se baigner dedans.
Peut-on se baigner dans les eaux turquoise du Parco del Lavino ?
Non.
C'est probablement la petite frustration du lieu : le Parco del Lavino se découvre mais ne se transforme pas en piscine naturelle.
On vient pour marcher tranquillement sous les arbres, suivre les cours d'eau, passer les petits ponts et observer les différentes nuances de bleu et de vert.
C'est justement une sortie intéressante avec des enfants : inutile d'organiser une grosse randonnée pour découvrir un phénomène naturel vraiment inhabituel.
Mais prévenez-les avant : on regarde l'eau turquoise, on ne saute pas dedans.
Alors où aller lorsqu'on veut vivre l'expérience jusqu'au bout ?
Se baigner dans une eau sulfureuse : pourquoi le fait-on depuis des siècles ?
Parce que le soufre ne fascine évidemment pas seulement pour sa couleur.
Les eaux thermales sulfureuses sont utilisées depuis longtemps dans le thermalisme, notamment dans le cadre de soins dermatologiques, respiratoires et rhumatologiques.
Il faut néanmoins distinguer usage thermal encadré et supposées propriétés miraculeuses. La composition varie énormément d'une source à l'autre et une eau sulfureuse naturelle n'est pas automatiquement une eau dans laquelle il est conseillé de se baigner.
La règle est donc simple : on ne se baigne que dans les sources où la baignade est explicitement autorisée.
Et autour des Abruzzes, deux expériences très différentes sont possibles.
Option 1, l'expérience sauvage : Lu Vurghe
Pour retrouver l'eau sulfureuse en pleine nature et cette fois pouvoir entrer dedans, il faut franchir la frontière des Abruzzes.
Direction Acquasanta Terme, dans les Marches voisines.
Dans la frazione de Santa Maria se trouvent les vasques naturelles de Lu Vurghe.
Ici, pas de grand complexe thermal.
On descend vers le Tronto et l'on découvre de petites vasques alimentées naturellement par une eau sulfureuse qui jaillit à environ 30 °C. La commune présente Lu Vurghe comme un site thermal naturel en accès libre.
C'est sans doute l'expérience la plus étonnante : se retrouver en maillot, dehors, immergé dans une eau naturellement tiède qui sort de la montagne.
Source : site officiel d'Acquasanta Terme (Lu Vurghe).
Option 2, l'expérience thermale : profiter de l'eau dans un établissement aménagé
Si l'idée d'une petite vasque naturelle au bord d'une rivière vous séduit moyennement, l'expérience peut être vécue de manière beaucoup plus confortable.
Les Abruzzes possèdent une véritable tradition thermale.
Caramanico Terme, au cœur du massif de la Majella, est historiquement l'un des grands noms du thermalisme régional. Ses sources sulfureuses ont notamment été exploitées pour différents traitements thermaux.
Source : Italia.it, page Caramanico Terme et ses eaux thermales.
Du côté de Popoli Terme, l'eau fait également partie de l'identité locale, dans une zone exceptionnellement riche en sources.
Attention toutefois : thermes, centres de soins, piscines thermales et baignade libre ne sont pas synonymes. Les établissements, prestations et ouvertures peuvent évoluer : il faut donc vérifier ce qui est effectivement accessible au moment du séjour.
Et il existe encore d'autres sources sulfureuses dans les Abruzzes
Le Lavino n'est pas une anomalie isolée.
Dans la réserve naturelle des Gole di San Venanzio, près de Raiano, on rencontre par exemple une source sulfureuse localement appelée La Solfa. Ici encore, l'intérêt est autant géologique que paysager : l'eau raconte ce qui se passe sous les montagnes que l'on traverse.
Source : Italia.it, page Réserve naturelle des Gorges de San Venanzio.
Et c'est finalement ce qui rend le sujet beaucoup plus intéressant qu'une simple liste de thermes.
Une eau à voir, sentir... et parfois expérimenter
Au Parco del Lavino, l'expérience commence par les yeux : une eau turquoise au milieu d'une végétation presque exubérante.
Puis vient l'odeur de soufre.
Puis les questions des enfants : pourquoi l'eau est bleue ? Pourquoi ça sent comme ça ? Est-ce qu'on peut se baigner ?
Et c'est là que la simple promenade devient intéressante.
On découvre que la couleur vient de phénomènes naturels liés à la chimie de l'eau et aux minéraux. Que l'odeur caractéristique est notamment liée au sulfure d'hydrogène. Que ces eaux ont donné naissance à une longue tradition thermale. Et que selon l'endroit, on peut les observer, profiter de leurs eaux dans un établissement thermal ou réellement s'immerger dans une source en pleine nature.
Si vous voulez vivre les trois expériences
Pour voir : Parco del Lavino
Près de Scafa : promenade facile au milieu des eaux turquoise, sans baignade.
Voir la fiche →Pour expérimenter la nature : Lu Vurghe
À Acquasanta Terme : petites vasques naturelles sulfureuses dans les Marches, juste au-delà de la frontière des Abruzzes.
Pour choisir le confort : les thermes des Abruzzes
Les stations et établissements thermaux régionaux, pour découvrir ces eaux dans un environnement aménagé et encadré.
Voir la fiche →Et si après le Lavino vos enfants vous demandent pourquoi ils n'ont pas le droit d'entrer dans cette incroyable eau bleue, vous avez désormais une excellente réponse :
« Ici non. Mais je connais un endroit... »