Quand ma femme française est arrivée en Italie, elle connaissait évidemment le principe de la boucherie, de la boulangerie ou du marché.
Mais il y avait des commerces devant lesquels elle serait passée sans forcément comprendre pourquoi, pour moi, il était évident de s'y arrêter.
Le pastificio en fait partie.
La première fois que je lui ai dit que nous allions acheter les pâtes, elle imaginait probablement le rayon d'un supermarché.
Non. Nous allions au magasin de pâtes.
Et aujourd'hui, elle adore ça.
Parce qu'en Italie, et particulièrement dans une région comme les Abruzzes, faire les courses peut encore signifier passer d'une boutique à l'autre pour acheter ce que chacune sait particulièrement bien faire.
Le pastificio : oui, on peut aller « chez le marchand de pâtes »
C'est probablement celui qui étonne le plus.
Un pastificio est un atelier de fabrication de pâtes. Certains produisent principalement pour les professionnels ou la distribution, mais beaucoup possèdent une boutique où l'on vient acheter directement les pâtes fraîches.
Et on y va presque comme on irait chez le boulanger.
Ravioli, gnocchi, tagliatelle, spaghetti alla chitarra, lasagne, pâtes farcies...
Selon l'établissement et le jour, on choisit ce qui vient d'être préparé, on indique la quantité souhaitée et on repart avec ses pâtes fraîches.
Dans les Abruzzes, cherchez notamment les spaghetti alla chitarra : leur forme carrée vient traditionnellement de la chitarra, cet ustensile à cordes sur lequel la pâte est pressée.
Pour quelqu'un habitué à considérer les pâtes comme un produit de placard, découvrir qu'elles peuvent être le produit frais autour duquel on construit le repas change complètement la perspective.
La macelleria : beaucoup plus facile, c'est le boucher
Macelleria = boucherie.
Mais entrez quand même.
Parce que vous y découvrirez rapidement des choses beaucoup plus locales que dans un rayon viande standard.
Dans les Abruzzes, c'est évidemment l'endroit où demander les arrosticini, mais aussi les salsicce, l'agneau et les différentes viandes destinées à la brace.
Et si vous avez lu notre article sur la grigliata, c'est ici que l'expérience commence.
Vous pouvez même simplement expliquer au boucher :
Facciamo una grigliata. Cosa ci consiglia?
On fait une grigliata. Qu'est-ce que vous nous conseillez ?
Et le problème risque davantage d'être de repartir avec trop de viande que de ne pas savoir quoi acheter.
La salumeria : le commerce dangereux quand on a faim
Voilà un mot qui mérite d'être connu.
La salumeria est spécialisée dans les salumi : prosciutto, salame, mortadella et autres charcuteries.
Mais certaines proposent également fromages, produits gastronomiques, conserves, antipasti...
C'est le genre d'endroit où l'on entre pour acheter du jambon et d'où l'on ressort avec de quoi improviser un déjeuner entier.
Et surtout, on demande généralement les produits à la coupe.
Panificio, forno, alimentari...
Le panificio fabrique et vend le pain.
Le forno, littéralement « four », peut également vendre pains, focacce, pizzas, biscuits et différentes préparations selon la région et l'établissement.
Et puis il y a l'un de mes commerces italiens préférés à faire découvrir : l'alimentari.
Difficile de le traduire parfaitement.
C'est une petite épicerie de quartier ou de village où l'on peut trouver pâtes, conserves, boissons, fromage, charcuterie et produits du quotidien.
Certains ont un comptoir où l'on vous prépare directement un panino avec les produits à la coupe.
Pour un voyageur, c'est parfois l'un des meilleurs déjeuners possibles : entrer, regarder ce qu'il y a derrière le comptoir et demander un sandwich.
Caseificio : pour comprendre que la mozzarella n'est pas forcément un produit sous plastique
Le caseificio, c'est la fromagerie, plus précisément le lieu où sont fabriqués les produits laitiers et fromages.
Selon les régions et les producteurs : mozzarella, ricotta, scamorza, pecorino...
Dans les Abruzzes, le pecorino occupe évidemment une place particulière en raison de l'histoire pastorale de la région.
Là encore, acheter directement au producteur permet de comprendre quelque chose que le supermarché raconte beaucoup moins bien : le fromage est lié au territoire.
Cantina et frantoio : deux autres portes à pousser
La cantina, c'est le domaine ou la cave où l'on produit et vend le vin.
Montepulciano d'Abruzzo, Cerasuolo d'Abruzzo, Trebbiano d'Abruzzo, Pecorino...
On peut entrer directement chez certains producteurs, déguster et repartir avec quelques bouteilles.
Et le frantoio ?
C'est le moulin à huile.
Les olives y sont transformées en huile d'olive. Dans une région productrice comme les Abruzzes, acheter une huile directement dans un frantoio est une expérience très différente de choisir une bouteille dans un rayon.
Faire les courses devient une partie du voyage
C'est finalement ce que ma femme a découvert, et ce qu'elle adore aujourd'hui.
Il ne faut pas nécessairement chercher une « activité » chaque jour pour découvrir l'Italie.
Allez faire les courses.
Entrez dans une macelleria et demandez les arrosticini.
Trouvez un pastificio et achetez les pâtes fraîches du jour.
Passez au forno chercher une focaccia.
Arrêtez-vous dans une salumeria pour composer l'antipasto.
Achetez votre pecorino dans un caseificio.
Puis trouvez une bonne bouteille de Montepulciano d'Abruzzo et une huile locale.
Vous venez peut-être simplement de préparer le dîner.
Mais vous avez aussi commencé à comprendre comment on vit ici.
Et pour moi, c'est probablement l'une des meilleures façons de découvrir les Abruzzes.
Leandro
Destination Abruzzes · Tra monti e mare